mardi 10 juillet 2007

Partage d'un très beau témoignage sur une rencontre avec le clown:

J'ai eu l'occasion de rencontrer Catherine au début de la création de la Compagnie "L'entreprise", et j'apprécie son travail, donc je suis heureuse de faire connaître ce texte sur la naissance d'Arletty.



Catherine Germain, une histoire de clown (mai 2005)

"Le rituel du maquillage est très important pour moi.
Je commence une heure avant de jouer. Les pots sont toujours posés à la même place devant moi. Les pinceaux et les houppettes orientés dans la même direction. Deux cartes postales de bébés orang-outang m’accompagnent partout. L’effet qu’ils me font quand je les regarde, c’est ce à quoi je voudrais ressembler.
Je cherche un sentiment d’amour absolu.

Le clown est arrivé dans ma vie d’actrice quelque temps avant d’entrer dans ma vie tout court.
C’était en 1986 en Corrèze. La compagnie l’Entreprise était dans sa première année d’existence et François nous avait demandé de créer un personnage dont nous tomberions amoureux. Comment être en même temps celui qui aime et celui qui est aimé ?
C’était un jeu qui exigeait du silence et de la foi.
J’ai dessiné ce personnage sur la peau de mon visage comme je l’aurais fait sur une toile vierge.
J’avais en tête d’autres maquillages comme celui d’Albert Fratellini, le plus fragiles des trois frères, que je trouvais d’une naïveté et d’une bêtise adorables.
Oui, j’ai dû voler des images à d’autres pour inventer ce « visage d’amour ».
Je l’ai fait d’une seule traite. Je ne l’ai pas cherché. Il est le même aujourd’hui qu’au premier jour, à part quelques traits noirs que j’ai estompés. A cette époque, nous ne parlions pas du « clown » mais de « l’ange ». Il s’agissait d’une créature qui rêvait de s’incarner.
Dans ce désir de venir au monde, de chuter sur la terre comme dans la trajectoire des anges, je n’imaginais pas être une femme, mais plutôt un être encore indéfini pour ne pas dire infini..."

Le spectacle que nous répétions s’appelait Le Venin des Histoires. Il y avait deux espaces sur le plateau : celui des anges et celui des personnages. Entre les deux, on entendait la voix d’une diva, si belle qu’elle donnait aux anges l’envie de s’incarner dans des histoires terrestres.
Un fait divers, dont François s’était inspiré pour le spectacle, racontait qu’à la 24ème mesure d’un certain chant, plusieurs divas avaient perdu la vie. La difficulté vocale du morceau était telle, quelles avaient succombé, terassées par un arrêt du cœur. Je n’ai pas pu être un ange dans ce spectacle parce qu’au 24ème jour des répétitions, j’ai eu un grave accident de voiture. Lorsque j’ai rejoint l’équipe, quelques semaines plus tard, j’étais devenue une voix off. Pendant ma convalescence, j’avais enregistré des paroles sur mon isolement et mon envie de retourner sur scène. Le spectacle parlait de la préparation d’une diva avant un concert où serait chanté ce fameux passage mortel. D’une certaine manière, j’avais pris la place de la diva.
La première du spectacle fut une catastrophe et en attendant de le reprendre, j’ai proposé à François avec un autre comédien de la compagnie, Dominique Chevallier, de poursuivre ce travail sur « l’ange » que nous avions commencé avant mon accident.
J’y avais tellement pensé pendant mon séjour à l’hôpital que j’avais hâte de m’y mettre.

C’est là que le clown est entré dans ma vie tout court, à cette époque où j’étais en pleine reconstruction et où je venais de connaître dans ma chair le sentiment de la vulnérabilité.
A l’hôpital, dans la peur de disparaître, je faisais toutes les nuits des rêves de victoire. Je crois même que ces rêves, c’est lui, le clown, l’ange, qui me les faisait faire, lui qui était en train d’arriver en moi comme de la lumière. J’étais fragile. Je ne devais pas bouger.
Il me fallait accueillir avec patience cet état nouveau de mon corps.

Respirer et espérer. Rien de plus. Rien de moins. Un clown fait ça très bien. L’envie de ce travail était décuplé par le fait que je me sentais une personne nouvelle après cet accident. J’avais connu en même temps la peur de mourir et la joie d’être en vie. Je voyais les choses sous un autre angle. Jusqu’alors je m’étais sentie indestructible.
Je recevais là un apprentissage qu’aucun moment de ma formation d’acteur ne m’avait fait entrevoir.
En une nuit, j’ai changé.
Au réveil, mon corps avait maigri. La peur est une combustion et j’ai brûlé de moi dans cette histoire.
Il me tardait de retrouver le théâtre et « l’ange » récemment entrevu. Ce désir était tellement clair que je me suis concentrée pour aller de mieux en mieux."

La suite au prochain numéro.........

1 commentaires:

Anonyme a dit…

Nous vous remercions de intiresnuyu iformatsiyu